Guinée: Coté voyage

Publié le par eautourduglobe

  • Du 29 au 1er janvier 2013: En route vers Koundara en Guinée

De Ziguinchor, on pense, à tort, que se rendre jusqu'en Guinée quelques 400 km plus loin, sera de la tarte. Après avoir rapidement rallier Kolda à 200 km de la frontière, on attend que notre taxi-brousse se remplisse depuis midi jusqu'à 18 h... le lendemain!!! Soit une sympathique attente de 30 h: qui dit mieux? Car ici, les 7 places sénégalais se transforment en 15 places guinéens, toujours dans cette bonne vieille peugeot 505 (4 devant, 6 au second rang dont 2 enfants, 4 au 3eme dont nous deux, une dans le coffre et 2 sur le toit). D'ailleurs, la malheureuse jeune fille couchée dans le coffre, squeletique et agonisante, rentrait sans doute chez elle en Guinée pour son dernier voyage, livrant une autre réalité de l'Afrique, plus triste.

 

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Le véhicule démarre donc a 18 h pour s'arreter à ... 19h30 à un barrage routier ou l'on passe la nuit (la route étant fermée par sécurité contre les coupeurs de routes). De 15 personnes, on passe en quelques minutes à 6! Tant mieux, on est moins serrés pour dormir. Mais ou sont passés les autres passagers? Le mystère reste entier. Le lendemain, à 7 h du matin, les passagers réapparaissent et on repart pour arriver à Koundara, première ville guinéenne, à midi.

Nous sommes alors le 31 décembre et pour la première fois de notre vie, on regrette de ne pas passer notre soirée devant France 2 avec Patrick Sébastien. Nous avons tenté en vain de faire tourner les serviettes, mais rien n'y a fait: dodo à 22h30. Il ne peut pas y avoir que des bons cotés en voyage. Bonne année quand meme!

 

Le 1er janvier, l'aventure repart de plus belle. Sur les conseils de Christophe et Christine, un couple de français rencontrés à l'ambassade de Guinée à Dakar, on loue une moto pour 1 mois afin de réaliser un tour de Guinée. Et c'est parti pour une virée à bord de notre super n°1 (marque chinoise) pour 2.80 €/jour. Afin d'optimiser le chargement, le sac de Marion ainsi que la tente sont laissés chez notre loueur de moto Yero Barry.

 

  • Du 02 au 07 janvier: Boké et Sanguaredi

DSCF1957On entame notre périple pour rejoindre Amadou Habib Diallo, notre correspondant sur l'eau, à Boké. Après avoir fait escale à Gaoual à 100 km de Koundara dans un hotel plutot sordide, on arrive le lendemain à Boké couverts de poussière rouge après 180 km de pistes défoncées, l'observation surprise d'une famille de 50 babouins et un freinage d'urgence avant un trou avec dérapage de la roue arrière. Habib nous accueille chaleureusement chez un "ami de son oncle" et nous met en relation avec l'ONG 2ADC de Sanguaredi. Nous passons là-bas 5 journées très intéressantes avec Ousmane et Alpha à visiter des villages ayant des problèmes d'alimentation en eau ainsi que, pour le contraste, la gigantesque mine de bauxite, fleuron économique de la région dont les énormes gisements génèrent "étonnement" peu de profits pour la population. Avant Sanguaredi, on avait une idée très vague de ce qu'était la bauxite, à présent, nous savons qu'elle est à l'origine de la fabrication de plusieurs types de métaux (notamment l'aluminium) mais surtout que c'est une roche qui sert à martyriser notre "super n°1" (d'ailleurs, à ce rythme, rien n'est moins sur qu'elle soit encore n°1 à la fin de la Guinée) le long des pistes d'accès aux villages.

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Avec Ousmane et Alpha

 

 

  • Du 08 au 12 janvier: Descente vers la capitale Conakry

 

 

DSCF2142On réenfourche la bécanne à Boké en direction de Bel Air (malheureusement, aucune trace de Will Smith dans les environs!) ou nous logeons sous une petite paillote bien sympatique sur la plage à 2 pas d'un hotel 4*, clinquant et hors de prix, propriété de l'ancien dictateur Lansana Conté. Ibrahim, notre hote (à qui nous décernons la palme du meilleur regard de chien battu pour appitoyer le touriste), nous emmène faire un tour de pirogue sur une rivière: beaucoup d'empreintes de caiman vues mais aucun ne daigne se montrer. Tant pis, c'était quand meme bien cool de voir les oiseaux, poissons sauteurs et gros crabes.

La famille de Sally (la prof de danse d'Abéné) nous accueille à Conakry où on passe 2 jours. Tobko, le frère musicien, nous amène à une cérémoniede "prè-mariage" durant laquelle les femmes, ainsi que la future mariée dansent le sabar (drôle de danse qui consiste à se trémousser en enlevant son pagne tout en jetant de l'argent récupéré par lachanteuse du groupe). La cérémonie dure quand même 3H30; dur dur après 2h d'embouteillage et 1h30 d'attente! Bintou, la soeur coiffeuse, nous prépare de bon petits plats. A part ça, il n'y a pas grand chose d'interressant à Conakry! Par contre, le quartier de Ratoma oùon passe une nuit s'avère bien plus animé; on y rencontre Franck, un acrobate ivoirien bien sympa qui nous négocie une nuit d'hôtel à 6€ au lieu de 10.

  • Du 13 au 15 janvier: De Conakry à Dalaba

Après avoir échoué dans tous les pays africains que l'on a visité ces dernières années, c'est avec émotion que l'on a enfin eu le privilège de payer notre 1er bakchich en quitant Conakry! Raison invoquée par la police vereuse: défault d'assurancede la moto - dans un pays où l'assurance n'est pas obligatoire!! Comme disait la gendarmette à la hurlante facile, aux postillons assumés et aux dents dégueulasses: pour vous, aujourd'hui, ca l'est! Résultat: on passe 20 monutes à négocier le prix du bakchich pour le faire tomber de 10 à 3€ avant de repartir. On roule ensuite pendant 2 jours (principale activité , dégustation des superbes oranges le long de la route) dormant dans les villes de Kindia et Mamou pour finalement rallier Dalaba, au coeur de la région appelée Fouta Djalon, indiquée comme l'une des plus belle de Guinée danq notre guide.

  • Du 15 au 24 janvier: Le Fouta-Djalon

A Dalaba,on tente de découvrir la région en évitant les structures officielles qui ne sont pas dans notre budget! L'hotel dans lequel on loge nous met alors en contact avec le légendaire Jean-Pierre, thésard trentennaire et "coursier" chez les soeurs catholiques et "guide par la force des choses".

DSCF2190En compagnie d'Alonzo notre copain Espagnol (rencontré au Sénégal) nous partons pour une randonnée de 4 jours de villages en villages pour découvrir au mieux cette fameuse contrée tant réputée...et là, c'est la catastrophe!! Entre Jean-Pierre,  finallement aussi guide que nous sommes plaquistes: il ne connait pas les chemins; le soir venu ne sait pas où nous faire dormir et veut nous faire randonner pendant 12km le long de la route principale au milieu des voitures... et Alonzo qui passe son temps à pester, raler et trépigner, on écourte l'aventure au bout de 2 jours! Les notions de randonnées et de "beaux paysages" semblent ici difficilent à comprendre.

Cette expérience est d'autant plus amère que nous sommes dans cette région confrontés à des cas de racismes (lors de la randonnée, un chef de village nous refuse l'hospitalité alors qu'il connait bien JP et en ville un jeune abruti nous menace carrément de mort); ceci contraste avec l'accueil plutôt chaleureux que l'on avait senti au Sénégal ou sur la côte Guinéenne. De plus, on remarque une extrémisation de l'islam avec un nombre non négligeable de femmes en bourkas noires, aux antipodes des boubous colorés auxquels nous sommes habitués.

Malgré ces petites déconvenues, on ne décourage pas à trouver au coeur du Fouta Djalon, l'endroit tant vanté dans le guide. Direction Pita où Zacharie nous propose de nous héberger alors que l'on mangeait dans le resto de sa femme. Avec lui, on en apprend un peu plus sur la vie en Guinée, les relations hommes/femmes et parents/enfants qui ont l'air plutôt compliquées. La famille est le socle de la solidarité: un parent plus riche (oncle, cousin,...) doit aider tout le reste de la famille et plus il y a d'enfants, plus il y a d'espoir que l'un d'eux réussisse. Elle permet donc à chacun de pouvoir vivre, même pauvre, et a beaucoup d'influence, notamment sur le choix d'un mari ou d'une épouse.

DSCF2221On passe là-bas 2 jours à sillonner les alentours à moto à la recherche de belles cascades et autres ponts suspendus. Au restaurant, la canaille de fils de Zacharie nous propose de laver la moto et en profite plutôt pour aller vider le plein avec ses copains, recevant au final une bonne trampe de son père.

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Chutes de Kambadaka

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Marion en grosse difficulté pres des chutes de Kinkon, dont le barrage hydroélectrique dessert Pita.

 

Ensuite, nous retrouvons Alonzo pour partir ensemble à Doucki où Hassan Bah a installé un petit campement touristique et amène les étrangers faire des randonnées dans les très beaux coins environnants. Et là, on se dit que le Fouta Djalon n'a finalement pas volé sa réputation. On passe un superbe séjour auprès d'un Alonzo qui ne râle "presque" plus et d'Hassan, le "Vito Corleone" local. En effet, celui-ci est le parrain par qui tout passe à Doucki: impossible de trouver un autre guide, un autre logement ou de négocier les prix.

Petit bémol du séjour en repartant de Doucki, on retrouve la roue arrière de notre super n°1 crevée par un clou...probablement le fait des enfants du village (vu les regards qu'ils nous lançaient). Après avoir poussée la moto sur 2km, l'instititeur du village nous aide à réparer la chambre à aire et c'est repartiiii! 

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Dans le monde d'Indiana Jones et sur les échelles!

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L'air frais du Grand Canyon de Guinée

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Ce qui devait arriver arriva: crevaison de la roue arrière

  •    Du 24 au 28 Janvier 2013 : Remontée sur Koundara en passant par Mali 

Photo 007Depuis Doucki, on roule sur une centaine de km jusqu’à Labé, capitale du Fouta Djalon où on est accueillis chez Shérif, rencontré dans le taxi brousse lorsque l’on venait du Sénégal 1 mois plus tôt. Celui-ci est un roi du business (comme beaucoup de Peuls d’ailleurs !!) Il travaille à la revente directe de matériel de Hong Kong (où il est déjà allé pour les affaires). Nous passons 2 jours dans sa sympathique famille (et après ça, on dit que les guinéens sont pas très accueillants !!). Avant de partir affronter les pistes tant redoutées du Nord, on fait une visite au garage histoire de changer la chambre à air.

De Labé, on roule 120km pour atteindre Mali (en route, la chaine déraille...les motos chinoises ont des limites). Une fois sur place, on croit y croiser la guerre, les terroristes, les réfugiers avant de se rendre compte qu’on est dans la ville de Mali située en Guinée !!! On séjourne dans le campement touristique solidaire du légendaire Mr Souaré d’où on admire la dame du Mali et on échange de grandes discussions rassemblées ci-dessous :

 

La Dame de Mali

 

 

 

 

Discussion avec Mr Souaré, bureau du tourisme, gérant du Campement Bev

Pourquoi le campement s'appelle "Bev"?

C'est le nom d'une américaine venue ici, Beverly. Elle m'a appris beaucoup de choses. Elle m'a dit que c'était pas bien la polygamie, malheureusement, j'avais déjà deux femmes!

Pourquoi tu as voulu avoir une deuxième femme?

La première est analphabète, elle n'arrivait pas a m'amener les papiers dont j'avais besoin au bureau, je devais faire des aller-retour, du coup, pour que ce soit plus simple, j'en ai prise une autre, institutrice, comme moi! En plus, avec une seule femme, quant elle allaite, on ne peut pas faire les rapports. Ici, on sevre les enfants à deux ans et comme elles ont des enfants chaque deux ans ou trois ans...vaut mieux avoir une deuxième femme pour alterner!

Et ta femme était d'accord pour avoir une co-épouse?

Non! Elle n'a jamais voulu, même maintenant, elle dit que c'est malgré elle. Elle a même dit que je n’avais pas assez d'argent pour une deuxième et que si c'était pour les rapports, elle était prête à sevrer l'enfant et même faire ça tous les soirs, j'ai dit que non, je n'avais pas la force.

Et alors, elles sont jalouses, tu regrettes?

Oh oui! C’est pas facile, elles sont trop jalouses même, et ça me fait beaucoup d'enfant 8 + 3 et la deuxième en veut encore 1. Ici, c'est nous même qui nous créons notre pauvreté. Je dis à mes fils de ne pas faire comme moi,1  seule femme et trois enfants maximum. Mais vous savez, les femmes ici sont excisées, une seule ne peut pas suffire. Dès que vient la nuit, elles commencent à avoir peur, elles pleurent. Un jour, des touristes m'ont amené au Sénégal, là-bas, impressionnée par mon élocution, une femme m'a proposé de partager son matelas, j'ai accepté. Celle-là était "entière", ça a été le plus beau moment de ma vie, elle "bondissait». Une femme comme ça, amoureuse, même une seule, ça me ferait trop! J'en ai parlé à mes copains, maintenant ils vont tous chercher leur femme au Sénégal! Si j'avais pu, moi même je serais resté là-bas, mais il n'y avait pas de travail.

Et tes femmes sont au courant?

Oui, d'ailleurs, chaque 15 avril, je célèbre cette date, j'organise une grande fête!

Devant tant de réponses tonitruantes, on continu la conversation avec kolba, le fils de Mr Souaré, 21 ans.

Alors toi, tu voudras une seule femme?

oui, c'est suffisant. Je ne veux pas faire comme mon père. Je fais une émission de radio où on fait des débats et où j'explique que les mariages précoces entre jeunes filles de 14 ans et hommes trentenaires, ce n'est pas bon. Moi, avec ma future femme, je veux faire comme vous: partir à l'aventure, qu'on soit un vrai couple. D'aiileurs, j'ai déjà une fiancée.

Et les filles de 14 ans, elles sont obligées?

Oui, ici les hommes sont des géants et les femmes sont toutes petites.

Soudain, le téléphone de Kolba sonne; on distingue une voix féminine au bout du fil.

Alors, c'était ta fiancée?

Non! C'était ma petite copine

Ta petite copine et ta fiancée, ce n'est pas la même personne?

Non, ma petite copine est celle avec qui je suis et j'habite en ce moment, et ma fiancée, c'est celle avec qui je vais me marier, tu as compris?

Non! Pourquoi tu te marieras pas avec ta copine?

C'est la religion. Je ne pourrais pas me marier avec quelqu'un que ma famille ne connait pas, ici on ne peut pas se marier seul.

Et tu préfères ta copine ou ta fiancée?

Ma fiancée! Car elle plus jeune, elle a 14 ans je crois.

Et vous allez vous marrier quand?

Dans 2 ans, elle aura 16 ans. Et là, il n'y aura pas de problème puisque c'est ma famille qui l'a choisie, ma fiancée, c'est ma cousine!  

Depuis Mali, l'ultime étape de notre périple nous ramene à Koundara, où l'on doit rendre la moto à son propriétaire impatient. Les 200km de pistes défoncée sont les pires de l'épopée! Entre gravillons, rocailles et érosions même les 4*4 ne peuvent plus passer! Bien sur, la circulation et la présence humaine sont quasi inexistantes c'est pourquoi on croise les doigts pour qu'aucun problème mécanique n'intervienne! 

 
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La chance est avec nous! Après 10h de route, on arrive enfin à Koundara à la tombée de la nuit et le loueur de moto Yéro Barri nous héberge. Décidemment les guinéens peuvent avoir deux visages: celui d'une très grande hospitalité ou,  à contrario, d'une certaine défiance envers l'étranger blanc. On retiendra le premier côté!

  • Du 29 janvier au 03 février: retour sur Dakar

Après avoir dit adieu à notre chère moto et aux oranges à foison, nous repassons au Sénégal direction Dakar, en passant par Tambacounda. En route vers Dakar, on croise un convoi de 250 blindés de l'armée française en partance pour le nord-Mali.

Prochaine étape: le Burkina Faso.

 

Niveau hébergement:

 

Type d'hébergement Hôtel Chez l'habitant campement transport
nb de nuits 14 13 6 1

 

 

 

 

Publié dans Voyage

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M
Mon Dieu, Mon dieu, Mon Dieu......<br /> Au fur et à mesure que je lis vos aventures et que je vois vos photos, je dis Mon Dieu.......<br /> C'est génial mais surtout faites bien attention à vous deux. Bisous. Martine et Thierry
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A
Coucou les amoureux :)<br /> Quel belle aventure !! (et que de belles photos)<br /> Vous avez un beau début d'année..<br /> Nous pensons bien à vous, gros bisous à tout les deux!<br /> La famille Alsacienne<br /> <br /> PS : J'espère que vous avez pensé à moi a New-York :D<br /> Signé, la meilleure cousine du monde
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M
coucou les aventuriers,<br /> <br /> que d'aventures, c'est génial,<br /> Thibaut, tu fais un bon motard en evitant les nids de poule et les babouins !!<br /> Marion tu fais surement une bonne passagère derrière cet as du guidon. Profitez du soleil et du dépaysement car chez nous il pleut et c'est le train train. Bisous à vous deux. Martine et Thierry
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